Projet scientifique
Axe 2 : Justice et inégalités (2016-2024)

Soutenance de thèse de benjamin LECLERCQ, le 9 novembre 2021

Sociologie urbaine ; sociologie de l’intervention sociale ; sociologie de l’action publique ; sociologie des groupes professionnels ; sociologie des conflits ; sociologie des politiques sociales

Directeur de thèse : Agnès Deboulet
Discipline : Sociologie
Année d’inscription : 2014-2021
Date de soutenance : 09/11/2021
Université, école doctorale : Université Paris 8 Vincennes-Saint-Denis, Ecole doctorale 401
Jury : Marion CARREL, Professeure des universités en Sociologie, Université de Lille (Rapporteuse) ; Agnès Deboulet, Professeure des universités en Sociologie, Université Paris 8 Vincennes-Saint-Denis (Directrice de thèse) ; Laurent Devisme, Professeur de Sciences Sociales et Études Urbaines, École Nationale Supérieure d’Architecture de Nantes (Rapporteur) ; Renaud Epstein, Professeur des universités en Science Politique, Science-Po Saint-Germain-en-Laye (Examinateur) ; Claudette Lafaye, Maîtresse de conférence, Université Paris 8 Vincennes-Saint-Denis (Examinatrice) ;Sylvie Tissot, Professeure des universités en Science Politique, Université Paris 8 Vincennes-Saint-Denis (Examinatrice).
Référence HAL-SHS : tel-03418550

Résumé de thèse

À partir d’une enquête en immersion chez un prestataire pour des organismes HLM, cette thèse analyse comment le traitement des troubles résidentiels dans le parc social a généré un marché pour une nébuleuse d’associations et de bureaux d’études spécialisés en ingénierie sociale et urbaine. Face à des désordres résidentiels qui mettent à l’épreuve les modes de gestion et de cohabitation dans les grands ensembles, un groupe professionnel segmenté – les acteurs du « développement social urbain » (DSU) – tente de légitimer son expertise, en revendiquant une double capacité d’intermédiation entre bailleurs et locataires et de mobilisation des « invisibles » et autres « exclus » de l’espace public. Mais le processus de professionnalisation de ces intervenants se heurte néanmoins aux préoccupations patrimoniales et gestionnaires des organismes HLM, qui sont les commanditaires de leurs actions. Cette subordination entraîne des tensions identitaires pour les acteurs, tiraillés entre une rationalité gestionnaire portée par le monde HLM, et les objectifs de développement social poursuivis par la politique de la ville. Les professionnels du DSU internes aux bailleurs gèrent cette épreuve de positionnement en sous-traitant les relations de face-à-face avec les résidents à des prestataires, parvenus à monétiser le travail de « terrain » au prix d’une standardisation de leurs prestations.

Considérant les troubles résidentiels comme une manifestation de problèmes sociaux structurels interpellant l’ensemble de la société, ce travail met en évidence comment les dynamiques d’institutionnalisation et de marchandisation du DSU entretiennent une logique de (dé)responsabilisation en « cascade », qui se décline en une injonction à la civilité : face à des problèmes sociaux et résidentiels dont les habitants et les agents de proximité sont in fine rendus responsables, ces acteurs n’auraient alors d’autres issues que de se responsabiliser et de faire l’apprentissage du vivre ensemble.