Retrait de la LPR

Motion adoptée les 5 et 6 octobre par le CA, la CFVU et la CR de l’Université Paris Nanterre

Réunis les 5 et 6 octobre 2020, les CA, CFVU, CR de l’Université Paris Nanterre affirment leur opposition au projet de Loi de Programmation de la Recherche (LPR). Ce projet a été débattu en procédure accélérée à l’Assemblée Nationale à partir du 21 septembre 2020 et voté la nuit du 23 septembre alors même que la crise sanitaire met la communauté en très grande difficulté face à la rentrée universitaire. Ce projet dont l’examen au Sénat a en outre été avancé au mois d’octobre 2020, est mené à marche forcée et ne laisse pas la place et le temps nécessaires à un débat démocratique digne de ce nom.

Nous rejoignons les nombreuses oppositions manifestées au projet de loi depuis janvier 2020 et répertoriées sur les sites Sauvons l’Université et Université Ouverte. Nous rejoignons en particulier l’avis du Conseil Economique, Social et Environnemental (CESE) émis le 24 juin 2020 et renouvelé le 22 septembre 2020, et qui souligne que l’on ne peut pas « soigner un système avec les outils qui l’ont rendu malade ». Nous soutenons l’Assemblée des Directions de Laboratoires (ADEL), un collectif composé de 800 équipes de directions, qui juge, dans une tribune publiée dans le Monde le 22 septembre dernier, que « ce projet de loi n’est pas à la hauteur des vrais enjeux d’avenir ». Nous soutenons enfin les revendications des président.e.s des universités dites de Sciences Humaines et Sociales (SHS) qui dénoncent, dans un courrier adressé au Ministère de l’ESR en septembre 2020, un projet de loi particulièrement néfaste pour ces champs disciplinaires déjà très en souffrance.
Nous sommes particulièrement inquiets et nous opposons à :
● La mise en danger (sinon la disparition programmée) du corps des Maître.sse.s de conférences au bénéfice de tenure tracks dont les carrières sont soumises à une évaluation permanente et à des impératifs de productivité quantitative, peu favorables on le sait, à une recherche éthique et de qualité. Ainsi que souligné par la CP-CNU, ce dispositif met à mal le statut de la fonction publique et instaure des règles dérogatoires au principe du recrutement par concours d’Etat.
● L’affaiblissement des instances nationales de qualification (CNU en particulier), de recrutement et de suivi de carrières des enseignants-chercheurs qui augmente le risque de recrutements arbitraires et d’inégalités de traitement.
● La limitation radicale de la liberté de la recherche et l’amplification à outrance de la mise en concurrence des individus et des laboratoires par une généralisation de financement de la recherche par projets et une marginalisation de la recherche fondamentale au profit d’orientations déterminées au niveau ministériel. Cette politique de financement extrêmement chronophage et couteuse par le système de sélection qu’elle met en place, augmente les risques inhérents au déploiement d’une science d’État de plus en plus souvent liée à des stratégies économiques et budgétaires. Elle généralise également les évaluations fondées sur des critères de rentabilité à court terme reposant sur des mesures quantitatives, et va à l’encontre de la collégialité́ et des dynamiques collectives sur lesquelles la recherche repose intrinsèquement.
● L’amplification de la contractualisation et de la précarisation dans l’ESR des personnels BIATSS et ITA par la mise en place de Contrat de projet à Durée « Indéterminée » (CDI) qui pourront être rompus dès la mission achevée.
Sans remédier à la dégradation générale de notre métier pourtant constatée dans trois rapports remis il y a un an au ministère de l’ESR, ces réformes aggravent à la fois nos conditions de travail (enseignement, administration, recherche) et celles, indissociables, de nos étudiant.e.s et des autres personnels administratifs.
Pour ces raisons, nous demandons le retrait du projet de la LPR. Une autre loi est possible, véritablement innovante, construite sur l’expertise des femmes et des hommes de terrain qui savent comment se produisent des recherches et des enseignements à haute valeur scientifique et sociétale. La recherche a besoin de temps ; la démocratie aussi.

Motion adoptée au Conseil d’administration le 5 octobre : 20 oui, 5 abstentions, 1 non
Motion adoptée à la CFVU le 5 octobre : 24 oui, 6 abstentions, 2 non
Motion adoptée à la Commission recherche du 6 octobre : 26 oui, 1 abstention, 1 non