Projet scientifique
Axe 1 : Fabrications de l’urbain (2016-2018)

Urbanisme, n° 336 : Utopie(s)
Henri Prost (1874-1959), parcours d’un urbaniste discret (Rabat, Paris, Istanbul…)

Date de parution : mai-juin 2004
Éditeur : Urbanisme
Collection :
Pages : pp. 79-87
Domaines : Urbanisme
Type de publication : Articles dans des revues professionnelles et spécialisées

Résumé

Henri Prost est de ces personnages qui forcent le respect par la grandeur de l’œuvre accomplie, mais dont la personnalité, ou plutôt l’existence ordinaire, reste dans l’ombre portée de leur stature monumentale. Si son nom figure bien dans de nombreux articles ou ouvrage sur l’urbanisme, on ne peut que difficilement le classer dans les théoriciens de ce profil professionnel qu’il incarne pourtant à la perfection, discrètement, avec pertinence et sans tapage ou déclarations inutiles.
L’art de la composition urbaine au service des collectivités
On pourrait partir de l’idée que Prost représente à merveille dans ses réalisations marocaines des années 20 un art urbain exemplaire mais rapidement condamné par une accentuation considérable de la division du travail induite par l’inéluctable développement des grosses agglomérations. Les divers plans des villes marocaines furent à une échelle qui permit à l’architecte-urbaniste qu’il fut de veiller à ce que l’architecture soit en conformité avec l’esprit général d’un paysage urbain que les autorités entendaient contrôler dans ses moindres détails. Le pouvoir politique fort et éclairé de Lyautey dans la définition des programmes devait ainsi trouver son répondant dans un urbanisme projetant des villes nouvelles sur des terrains dégagés dans l’esprit d’un développement moderne des activités et des institutions, plus peut-être que d’un habitat encore largement écartelé entre un patrimoine pris en considération mais mis un peu à l’écart et une modernité coloniale largement réservée à une minorité de privilégiés. Il n’empêche que ces architectures de style résolument franco-marocain sont l’un des éléments essentiels d’une composition monumentale qui tient compte aussi bien des alignements et délinéations topographiques d’un espace public bordé de façades et ponctué de plantations que du découpage parcellaire et de l’organisation des îlots à bâtir à l’esthétique contrôlée par des architectes faisant véritablement office de collaborateurs comme Marrast, Laforgue, Laprade, Tranchant de Lunel, Pauty, Marchisio, etc. Prost lui-même soulignera et se félicitera de l’enthousiasme et de la continuité de l’action des architectes de son équipe, comme de ceux qui collaborèrent de plus loin à la planification qu’il orchestrait. L’urbanisme était donc ainsi non seulement impensable sans une esthétique architecturale supposant un cahier des charges urbanistiques la concernant mais aussi participant directement d’une monumentalité de l’espace et des édifices publics, sorte de vitrine de la modernité. Lyautey avait souhaité dans le même esprit que les plans fussent « à tiroir », c’est-à-dire se prêtassent à des prolongements possibles de l’ordre d’une véritablement dynamique urbaine prévue dès le départ. L’extension des bâtiments administratifs, notamment les ministères, était prévue sur l’arrière des parcelles présentant en conséquence une configuration adéquate et une surface suffisamment vaste, sans que l’image des institutions donnée en façade fasse l’objet de modifications. La poussée considérable de l’urbanisation a depuis amené quelques débordements, mais cette conception en quelque sorte souple-dure du tissu urbain a assuré la permanence d’un paysage urbain qui peut aisément se recomposer par densification dans son cadre de départ. Quatre grandes modalités ont permis de gérer la poussée démographique et la fièvre constructive d’une ville comme Rabat. Il y eût tout d’abord, comme prévu, une extension des bâtiments en fonds de parcelles, aussi bien pour les équipements dans le quartier des ministères que dans les zones d’habitat, sans que le paysage ne soit dénaturé autrement que par la diminution du nombre des plantations. Les jardins publics et les plantations d’alignement, dont on trouvera les fondements doctrinaux chez Jean Claude Nicolas Forestier et Edmond Joyant, ont en revanche bien résisté à cette poussée des constructions. Fait plus remarquable, la plupart des édifices publics, et plus récemment des immeubles d’habitation dont on cherchait à protéger l’essentiel —comme l’un de ceux qui bordent la cathédrale—, ont été très tôt surélevés sans même que l’on puisse aisément s’en rendre compte à la vue des façades actuelles tant les interventions ont été discrètes et précautionneuses. Le troisième processus, consistant à substituer aux villas de type colonial un nouveau type d’immeuble bourgeois d’habitation, carractérise les zones de lotissements périphériques ayant gagné en centralité awec es$extensions récentes de la ville. Toutes ces transformations, si elles posent de réels problèmes de circulation avec l’augmentation considérable du taux de motorisation ainsi que des distances urbaines à parcourir dans le cadre de migrations alternantes (qui ne dissuadent pas encore une majorité d’actifs de rentrer chez eux pour le déjeuner) appellent plus une actualisation intelligente du plan Prost qu’elles n’en invalide les grandes lignes du parti initial.

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