Projet scientifique
Axe 5 : Interfaces et nouvelles dynamiques d’urbanisation (2016-2018)

« Mesurer Paris II »

« Mesurer Paris II », programme de recherche Paris 2030, Mairie de Paris.

NYS Philippe, philosophe ; NYIKIOS Julia, théoricienne de la littérature ; BAFGHINIA Mandana, architecte, designer.

Illustration réalisée par M. BAFGHINIA.

Notre projet constitue le prolongement de la recherche acceptée en 2010 « Mesurer Paris ». Un an et demi de recherches de corpus a révélé l’ampleur, la complexité et la richesse des relations réelles, mais plus encore potentielles, entre productions romanesques, liées aux devenirs des villes et paysages urbains, et productions urbanistiques elles-mêmes, stricto sensu, notamment celles qui sont liées au projet du Grand Paris. Si la littérature constitue une source primordiale non seulement pour comprendre ou penser la ville mais également pour déceler des tendances de l’évolution future de Paris, il s’est révélé indispensable d’inventer et de fabriquer des outils visuels qui rendent lisibles les liens entre littérature et ville. Ce nouveau projet s’insère ainsi dans la continuité et l’approfondissement des recherches menées depuis la fin 2010, l’hypothèse de base restant la même : par et à travers le roman et ses lectures théoriques et critiques, la production littéraire permet de fabriquer un « étalon élastique » qui « mesure » Paris, le Paris historique, ses transformations, ses « à-venirs ».

En ce qui concerne notre proposition, les recherches à mener se répartissent en deux catégories :
La première concerne les romans qui abordent explicitement la ville et l’espace urbain de Paris. A partir des œuvres, de leurs commentaires et lectures critiques ainsi qu’à la lumière des dialogues interdisciplinaires avec urbanistes, anthropologues et sociologues, nous tenterons de comprendre les particularités de l’expérience et de la perception de la capitale depuis les années 80 environ. Dans ce corpus, certaines œuvres pourront servir de base pour des productions et interprétations cartographiques et topographiques destinées à montrer les interrelations entre les espaces réels et les discours fictifs qui les mettent en jeu.
La deuxième catégorie d’investigations traitera de romans contemporains qui n’ont pas de rapport direct ou manifeste avec Paris mais dont les structures narratives sont susceptibles de « lire » ces transformations. Le langage, les dynamiques créées, les types de choc représentés, les sens prêtés aux espaces parcourus dévoilent une série de présupposés et de fondements de notre manière de voir et percevoir la ville. Des outils visuels rendront plus clairs les résultats de cette catégorie d’analyses avec des modèles ou modélisations comme les réseaux, les plans, les arbres qui devraient permettre de transformer le discours fictionnel, sinon en connaissances pratiques, du moins, en guides pour l’action.

Si Paris bénéficie d’un intérêt incessant des écrivains depuis des siècles, nous nous retrouvons devant une situation tout à fait nouvelle tant du point de vue de la littérature que de celui de la ville. Si le modèle balzacien d’un Paris centralisé et hiérarchisé n’est pas inactuel, des formes et des structures romanesques et narratives se sont profondément modifiées. De son côté, Paris, son territoire, son vécu et la compréhension même de la ville n’ont cessé d’évoluer, et vont continuer à le faire. En réalité, « Paris 2030 » est déjà là, une métropole étendue qui concentre puissance économique et politique, populations et mouvements de populations, emplois et sous emploi, passé, présent et futur, histoire locale interne, pressions externes (le tourisme), ambitions européennes et mondiales. Ce n’est pas seulement sa superficie qui s’étendra, changeront aussi ses formes de gouvernance, ses orientations de l’urbanisation, la portée de ses institutions, son aire et ses enjeux économiques.

La diversification des possibilités et du vécu urbains ont déjà engendré un grand nombre de publications concernant les métropoles non européennes. Les changements des cadres urbains vont de pair avec de nouvelles dispositions à l’égard de leurs réalités. A l’ère des nouvelles technologies et à l’heure des expériences qui relèvent en partie ou entièrement du virtuel, notre rapport à la ville, à son centre historique ou à ses nouveaux quartiers, cesse d’évoluer dans les cadres habituels.
Il est alors pertinent de se demander comment appréhender ces territoires urbains en mutations rapides. En quoi la littérature est-elle apte à mesurer les changements de situation et d’expérience ? Comment inventer et faire émerger une nouvelle interprétation du Paris élargi ? A l’image de Paris, capitale du XIX et de la modernité, le Grand Paris peut-il devenir capitale de l’extrême contemporain européen ? Et si cette ambition, tout à la fois politique et historique, est voulue et possible, comment et en quoi la production littéraire et ses différentes approches critiques peuvent-elle « participer » à la fabrique de cette complexité ?

La littérature, plus que d’autres disciplines scientifiques ou autres formes d’art, est capable d’intervenir et interpréter les nouvelles situations d’aménagement et de perception urbains. Embrassant des éléments disparates sans rapport apparent entre eux, la fiction romanesque possède cette capacité, ce pouvoir de les assembler en une unité. Cette unité (romanesque) pouvant constituer un modèle performatif, à différentes échelles, tant au niveau de l’individu qu’au niveau de la mémoire collective et culturelle (la littérature mondiale au sens de Goethe). « La » littérature dessine et dispose ainsi des horizons, des lignes de sens enchevêtrées qui informent et dépassent la réalité quotidienne, suscitant ainsi formules des interprétations et de commentaires. Lire la ville, c’est comprendre notre cadre urbain au-delà du quotidien. La ville comme texte est une ville qui s’inscrit dans la tradition et qui est capable d’innovations. Inventer sa lisibilité revient à découvrir les tendances, les mécanismes profonds qui régissent Paris. C’est tout l’enjeu de notre projet.

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