Projet scientifique
Axe 1 : Fabrications de l’urbain (2016-2018)

LONGUENESSE (Élisabeth), PIERI (Cæcilia), Des banlieues à la ville, espaces et acteurs de la négociation urbaine, Beyrouth, 2013, mis en ligne le 27 juin 2013
Des banlieues à la ville. Les termes du débat, City Suburbs : the concept of the debate, من الضواحي إلى المدن : بنود النقاش

Date de parution : 2013
Éditeur : Presses de l’IFPO http://books.openedition.org/ifpo/2826
Collection : Colloques et journées d’études 2
Pages : pp. 1-11
ISBN : 978-2-35159-339-4
Domaines : Urbanisme
Type de publication : Communications avec actes

Extrait

de "Des banlieues à la ville, espaces et acteurs de la négociation urbaine"
Les termes du débat
Pour introduire ce colloque, il convient tout d’abord d’avoir en tête que, désormais, la majeure partie des populations, des constructions et des opérations d’aménagement prennent place à la périphérie des agglomérations, à l’extérieur de ce qu’on appelait « villes » jusqu’à l’industrialisation du XIXe siècle, dans ces territoires incertains auxquels on a pris l’habitude d’attribuer le qualificatif de « banlieues ».

I - De quoi parle-t-on en utilisant le terme banlieue ?
Ce vocable est un héritage de la période médiévale en Europe et est ordinairement associé à un territoire à la périphérie d’un bourg bien délimité ou à une sorte d’au-delà des enceintes de villes fortifiées comportant une juridiction à la marge de laquelle il se trouve, mais à laquelle il est néanmoins soumis. L’image de cette localisation à l’extérieur d’une sorte d’enclos protégé apparaît d’emblée plus marquante que les différences exactes de statut juridique des territoires et l’on a d’emblée en tête une partition de l’espace, avec un extérieur qui s’estompe et s’effiloche au fur et à mesure que l’on s’éloigne des noyaux les plus anciens de l’urbanisation. Les territoires périurbains auxquels il renvoie apparaissent comme une sorte d’envers de la ville, son antithèse informe, difforme ou multiforme, sa face cachée, sa façade honteuse, sa part maudite en quelque sorte.
Globalement, depuis que la classe bourgeoise domine l’espace politique et idéologique des États nations et parade sur la scène politique en occupant la centralité urbaine, la banlieue se voit créditée d’une image dévalorisante. C’est d’autant plus paradoxal qu’une bonne partie de la banlieue accueille les résidences cossues de ces classes aisées, dans des quartiers résidentiels éloignés des indiscrétions du commun et se protégeant au mieux de ceux qu’un point de vue quelque peu condescendant va spontanément considérer comme des hordes populaires toujours peu ou prou entachées de sauvagerie et d’incivilités. Nous ne sommes pas loin de penser que de tels jugements a priori constituent de véritables obstacles épistémologiques dans l’abord de la question urbaine et les possibilités d’appréhension scientifique des banlieues.
Une image générique simpliste, réductrice et falsifiante permet à bon compte de jeter l’opprobre sur ce qui devient une sorte d’être à part : le banlieusard. Sous l’effet d’un étrange oxymore, la banlieue devient même ce qu’on imagine être devenu une zone de non-droit ou qui doit faire l’objet de franchises. Et le banlieusard, cet être social nouveau consubstantiel à un mode et à un cadre de vie indéfectiblement associés, en plus des éventuels inconvénients d’une vie quotidienne rythmée par de plus en plus laborieuses migrations alternantes, se retrouve affublé d’un vocable dévalorisant. Un siècle plus tard, le sens symbolique semble s’être encore un peu plus dégradé et la banlieue se retrouve chargée de tous les maux de la société urbaine.
Il paraît essentiel que l’on se pose la question de savoir de quel point de vue, ou de quelle position dans le champ social les regards et les jugements sont portés. Et tout d’abord, bien évidemment, de l’extérieur ou de l’intérieur de ces territoires. Il convient sans doute de renverser le regard et regarder la ville à partir de la périphérie. Pour ceux qui habitent les banlieues devenues de plus ou moins lointaines périphéries, et n’ont parfois connu que des quartiers orbitaux, la ville et ses centralités miroitantes apparaissent comme une sorte de mirage et restent d’autant plus difficilement accessibles que les distances augmentent.
Au-delà des sentiments d’exclusion, de dévalorisations dont témoignent toujours la littérature et l’idée du droit légitime des populations à la ville, c’est la société dans son ensemble qui refait la ville, et en particulier les banlieusards à partir de la périphérie.
FREY (Jean-Pierre), « Des banlieues à la ville. Les termes du débat, City Suburbs : the concept of the debate, من الضواحي إلى المدن : بنود النقاش », in : LONGUENESSE (Élisabeth), PIERI (Cæcilia), Des banlieues à la ville, espaces et acteurs de la négociation urbaine, Beyrouth, Presses de l’IFPO, 2013, coll. Colloques et journées d’études 2, http://books.openedition.org/ifpo/2826 mis en ligne le 27 juin 2013, e-ISBN : 978-2-35159-339-4

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