Projet scientifique
Axe 5 : Interfaces et nouvelles dynamiques d’urbanisation (2016-2018)

La maison individuelle : vers des paysages soutenables ?

Type de publication : Ouvrages scientifiques

La maison individuelle : vers des paysages soutenables ?, Edition de la Villette, Paris, 2012.

Cette publication questionne les évolutions actuelles et à venir ainsi que les changements de démarche de projet à mettre en œuvre en pensant l’habitat individuel soutenable à l’échelle du territoire. En ce sens, elle croise un apport de connaissances de spécialistes de nombreuses disciplines (architecture, droit, écologie, économiste, géographie, sociologie, paysage, urbanisme…) qui apportent des informations et des pistes de réflexions à ces nombreuses questions en variant les points de vues, les échelles et en proposant des comparaisons internationales. Les différentes contributions rassemblées dans cet ouvrage imposent la conclusion suivante. On ne peut plus répondre aux difficultés engendrées par la maison individuelle en se focalisant uniquement sur le bâtiment. Une logique « bottom up » est d’appliquer une politique locale pour les territoires de la maison individuelle dans lesquels elle vient s’inscrire. C’est seulement en pensant son « envers », autrement dit ses interactions avec l’environnement, l’économie et la société, que l’on pourra imaginer des maisons individuelles soutenables.

Trois parties structurent l’ouvrage.

La première propose des données théoriques et quantitatives. S’appuyant sur un programme de recherche collective L’habitat insoutenable / Unsustainability in human settlements (2001-2010), dont il a été le co-responsable, le géographe Augustin Berque s’interroge de manière critique sur les origines de la construction pavillonnaire et l’insoutenabilité de l’urbain diffus, « mode d’habitat fondé sur la maison individuelle au plus près de la nature ». Relativisant ce propos, Martin Vannier, Romain Lajarge, Stéphane Cordobes rappellent la diversité des formes péri-urbaines, « étalement urbain, mais aussi étirement le long des réseaux, reports de densités, mitage, rurbanisation, polarisation périphérique, développement résidentiel littoral, etc. » qui nécessitent des solutions adaptées. Ils estiment que ces divers tissus, plus que d’être insoutenables, souffrent surtout de l’absence d’un réel projet territorial et politique pour les gérer. Ils imaginent différentes hypothèses de développement pour leur futur et argumentent des actions à mettre en œuvre pour donner de l’urbanité à ces espaces. Accompagnant ce propos, Philippe Güttinger, juriste, constate que si les lois issues du Grenelle de l’Environnement amorcent, en regard de la lutte contre l’étalement urbain, des approches nouvelles, entre autres, dans le domaine de l’urbanisme, elles conservent toutefois une vision très traditionnelle du rapport « construction »/ « nature » : la « maison individuelle » est un « élément qui s’ajoute au paysage ». Quant à Guy Tapie, sociologue, il commente l’engouement des ménages pour la maison individuelle, image de libertés. Il rappelle les inconvénients que ce modèle et les tissus qu’il génère créent à l’usage, transformant souvent l’indépendance rêvée en dépendance journalière. Enfin, André Caron, économiste, dresse les principaux aspects du marché de la maison individuelle et ses perspectives en France. Il signale le renouvellement important que pourrait subir le parc suite au renforcement des réglementations thermiques qui rend obsolète les réhabilitations.

Dans la deuxième partie, les différents articles se concentrent sur des aspects plus techniques de la transformation des maisons individuelles et de leurs territoires. Pour débuter, dans un long entretien, Philippe Madec, architecte-urbaniste, s’appuie sur son expérience afin de discuter des problématiques posées par la soutenabilité des communes rurales. Il rappelle que les documents d’urbanisme, en eux-mêmes, ne restent que des outils réglementaires assujettis à des choix politiques. Pour mettre en place ces documents en les orientant dans des logiques de développement durable, la démarche nécessite des équipes soudées et volontaires où la population, les habitants ont un rôle important à jouer. Il commente les outils de transformation pour rendre durable la ville existante et aborde également la présence des constructeurs et des lotissements. Aliki-Myrto Perysinaki, Johanna Sery, architectes, analysent les évolutions actuelles dans les modèles de trois constructeurs de maisons individuelles. Elles concluent en insistant sur l’importance de ne pas se limiter aux améliorations des performances du bâti et à la nécessité de réinterpréter la relation au jardin et au territoire pour favoriser l’émergence de maisons soutenables. Bernard Loriot, responsable d’un des principaux bureaux d’étude thermique français travaillant avec de nombreux constructeurs de maisons individuelles, commente l’influence des normes actuelles et leurs transformations sur ce type d’habitat. Il souligne également la nécessaire révision des réglementations urbaines pour accompagner au mieux la révolution énergétique qui se met actuellement en place. Pauline Frileux, écologue, s’intéresse quant à elle à l’échelle de la parcelle et observe les évolutions des jardins et de leurs clôtures. Elle souligne que le « bocage pavillonnaire », assemblage de parcelles privatives, reste réticent à l’écologie urbaine en conservant un modèle horticole et policé. Pascal Aubry, paysagiste, interroge, par des études de cas français, la notion de jardin puis celle de la trame verte et bleue du point de vue des paysagistes, tout en rappelant le rôle des territoires agricoles dans notre perception des milieux. Nathalie Blanc, directrice de recherche au CNRS en géographie, spécialiste de la trame verte et bleue, évoque leur importance dans les territoires où naturel et urbain se mélangent étroitement.

Dans la troisième partie, des comparaisons internationales complètent une mise en perspective des questionnements posés dans l’ouvrage. Dominique Gauzin-Müller, architecte, journaliste et critique, présente la région du Vorarlberg en Autriche, souvent citée comme un modèle écologique, économique, social et culturel, qui souhaite atteindre en 2050 l’autonomie énergétique. Elle précise comment la politique éco-responsable du Vorarlberg repose sur une logique « bottom up » avec un fort développement local à l’heure de la mondialisation. S’appuyant sur les travaux de recherche qu’il mène dans son laboratoire spécialisé sur les technologies durables à l’Ecole Polytechnique Fédérale de Lausanne et sur les projets qu’il mène dans son agence, Emmanuel Rey, architecte, réfléchit aux démarches à mettre en place pour favoriser un développement territorial en Suisse. Il souligne les efforts menés depuis une décennie pour sensibiliser et former les élus et la population helvétiques au développement d’un urbanisme durable dans les zones périurbaines et rurales. Comme dans les autres pays, il évoque les difficultés liées à la construction de nombreux habitats individuels et l’intérêt croissant pour des habitats semi-collectifs permettant l’émergence de solutions originales. Yann Nussaume, architecte, aborde les difficultés rencontrées par les architectes japonais pour associer dans une même architecture. La poétique des maisons traditionnelles nippones « ouvertes » sur la nature, des modes de vie contemporains, et la limitation de la consommation énergétique. Alban Mannisi, paysagiste, traite quant à lui de la question de la participation des habitants dans la transformation du territoire en présentant le travail de médiateur effectué par le philosophe Toshio Kuwako au Japon.

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