Projet scientifique
Axe 5 : Interfaces et nouvelles dynamiques d’urbanisation (2016-2018)

DES MOTIFS & DES LIENS. L’éphémère dans l’œuvre d’Andy Goldsworthy

DES MOTIFS & DES LIENS, L’éphémère dans l’œuvre d’Andy Goldsworthy, Revue Figures de l’art, n° 12, Université de Pau, France, 2006, pp. 49-60.

Résumé
Publié en 2000, Time ouvrage rétrospectif de Andy Goldsworthy (Thames & Hudson), nous donne à voir une œuvre dont la majeure partie est constituée de travaux éphémères. La seule trace que nous possédions est la série photographique témoignant en amont de l’élaboration de l’œuvre et en aval de sa disparition. Sous l’effet de phénomènes naturels divers, cette disparition est plus ou moins lente mais, comme en témoigne les différents écrits de l’artiste, elle fait partie intégrante du processus créatif.
L’œuvre de Goldsworthy travaille avec le temps, elle s’élabore en fonction du temps qu’il fait, des météores, et du temps qui passe. Elle se présente comme une série de captations renouvelées de phénomènes naturels changeants, mouvants, fluides, si bien que l’éphémère n’est pas un statut revendiqué pour l’œuvre, il n’est pas ce qui est montré mais ce qui fait l’œuvre, ce dans quoi le processus opératoire de l’œuvre se donne à voir, telle une condition naturelle. Autrement dit, l’éphémère ici n’est pas un point d’arrivée mais un point de départ, a matter of fact. Il y a totale conscience et donc affirmation de cet état de fait. Nous sommes tissés par le temps. L’œuvre ne vient que pointer cette réalité, la montrer du doigt comme nous pouvions trouver dans la peinture du Quattrocento ce personnage qui tendait l’index vers ce qu’il fallait voir. D’où l’aspect performatif de cette partie de son travail liée à l’éphémère : l’œuvre n’est plus tant réalisation d’une forme qu’élaboration d’un processus ostentateur, elle indique, montre, se fait témoin mais un témoin actif, qui s’insinue dans les lignes invisibles du temps.
Andy Goldsworthy met en effet en place des dispositifs qui prennent au piège les différentes interférences entre son geste et le lieu. Le temps devient synonyme de changement et le changement synonyme de temps. Pour ce faire, il use d’un certain nombre de motifs qui seront l’occasion de tisser des liens avec le lieu, liens provisoires puisque le lieu n’est qu’un ensemble de flux.
Cet art éphémère n’est pourtant pas un art de l’instant mais de la durée. A l’évidence, les formes élaborées par Andy Goldsworthy répondent à une certaine conception du temps. Toute conception du temps engendre ses formes propres puisque toute conception du temps répond à une conception de la matière, de sa nature. En l’occurrence, le performatif chez Goldsworthy poursuit des lignes de durée qui sont ceux des cycles et flux de la matière. En un mot, les liens et les motifs qui font l’art d’Andy Goldsworthy désigne la matière du temps, à savoir les différents temps de la matière.

Consulter l'article sur son site d'origine (AMP)
Sur le même axe
Axe 5 : Interfaces et nouvelles dynamiques d’urbanisation (2016-2018 )