Projet scientifique
Axe 1 : Fabrications de l’urbain (2016-2018)

Urban National Parks in Emerging Countries and Cities

Financeur : ANR
Responsable : Frédéric Landy (Mosaïques/LAVUE)
Date : 2012-2015

La question des parcs nationaux est encore en général considérée sous l’angle d’un antagonisme entre conservation (de la nature) et développement (des sociétés). Il existe une abondante littérature scientifique sur le sujet, qui pour l’essentiel prône une approche participative permettant d’intégrer les populations locales à la politique de protection et, de ce fait, de concilier équité et efficacité. Revisiter cette question à propos de métropoles des pays du Sud (Rio de Janeiro, le Cap, Bombay, Nairobi) oblige à abandonner une partie des conclusions habituelles : quand une partie des parcs nationaux, très proches de grandes agglomérations en forte croissance, est conquise ou risque de l’être par des bidonvilles mais aussi par des résidences bourgeoises ou d’autres activités, peut-on encore prôner la cogestion et la participation des habitants ? Alors que les populations aisées tirent parti des aménités dues à la proximité de l’espace protégé, les citadins les plus pauvres n’ont parfois aucun intérêt à la conservation du parc – bien au contraire - étant donné qu’ils n’en tirent la plupart du temps aucune ressource, et n’ont guère de « savoirs écologiques » pouvant contribuer au maintien de la biodiversité. Il en va de même pour les perspectives habituelles concernant l’habitat précaire dans les villes du Sud. Plutôt que de valider les politiques de destruction des bidonvilles et de transplantation des habitants, la plupart des chercheurs prônent la consolidation des quartiers informels. Mais une telle approche apparaît moins tenable lorsque ces bidonvilles sont implantés à l’intérieur même des parcs nationaux, étant donné qu’une réhabilitation in situ irait à l’encontre de l’objectif de protection. Or, la complexité du sujet est encore renforcée par son cadre international : celui de pays émergents, à des degrés divers. Car que signifie « l’émergence », sinon, en termes socio-culturels, la juxtaposition de groupes de plus en plus contrastés, dont les systèmes de représentation de la nature sont divergents ? Le processus d’émergence modifie la composition et la dynamique des classes sociales et fait du parc un lieu révélateur de rencontres et de conflits, au Brésil, en Inde, en Afrique du Sud et même dans des pays comme le Kenya, marqués par des crises récurrentes, pour lesquels « l’émergence » semble encore être un objectif à atteindre plus qu’un réel processus de développement. Les populations aisées adoptent les représentations dominantes dans les sociétés d’Europe ou d’Amérique du Nord, considérant le parc urbain comme un espace de loisirs et de récréation, ou de protection de la biodiversité. Au contraire, les habitants des bidonvilles tendent à voir l’espace protégé comme une réserve de terrain à bâtir ; tandis que les éleveurs de Nairobi ou les agriculteurs de Bombay considèrent le parc comme un possible gisement de ressources. L’étalement urbain pose la question de la localisation de ces parcs, au sein d’un système spatial dense aux multiples dynamiques de pression. Enfin, le processus d’émergence met en lumière les nouveaux enjeux de ces parcs : dits « nationaux », mais inscrits dans une dimension locale urbaine, ils sont confrontés au défi d’une gestion qui doit se faire en tenant compte de ces multiples échelles. Ils peuvent contribuer au renforcement de l’image de la ville et atteindre un statut d’icône (le Cap, Rio de Janeiro), alors même qu’ils peuvent avoir été considérés jusque là comme une ressource financière locale avant tout (Nairobi), voire complètement négligés par les pouvoirs urbains en place (Bombay). L’environnement peut être un objectif rassembleur, qui soit facteur d’intégration locale (Rio) voire nationale à en croire le discours officiel (le Cap), mais aussi fonctionner comme un outil de segmentation spatiale et sociale (Bombay). Dans la grande compétition internationale entre métropoles pour obtenir le statut de « villes mondiales », le parc national peut être un efficace logo, image de marque emblématique qui permet d’attirer touristes, capitaux et conférences internationales (le Cap, Rio). Il peut aussi être négligé (Bombay). Dans le premier cas, il semble bien qu’on ait des « parcs émergents », attachés à ces « villes émergentes » moteurs des « pays émergents ». Dans le second, cas le parc demeure marqué par la vieille approche « forteresse » de la conservation, fort peu intégré à la ville – le parc de Nairobi étant dans une position intermédiaire. Ces parcs « nationaux » sont inscrits dans une métropole « locale » et doivent répondre à des enjeux « mondiaux » : leur gestion est rendue ardue par la diversité des acteurs à toutes ces différentes échelles qui sont porteurs de représentations souvent divergentes, répondant à des intérêts souvent contradictoires, et dotés de pouvoirs inégaux. Dans quelle mesure le mode de gestion d’un parc national urbain est-il révélateur du degré, des dynamiques et des formes d’émergence d’un pays et d’une ville  ? Upa-network.org

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