Projet scientifique
Axe 4 : Pratiques d’émancipations urbaines (2016-2018)

Marges, marginalités, marginalisations et contestations en Afrique du Nord et Moyen Orient (ANMO) 5-7 Novembre 2018
Colloque international- UNIVERSITÉ PARIS 8 À SAINT DENIS

Ce colloque est dédié à la mémoire de Samir Amin qui fut
professeur d’économie politique à l’Université Paris-8
This workshop is dedicated to the memory of Samir Amin, who
was professor of political economy at Paris-8 University.
Organisateurs / Organizers : Habib Ayeb, Sami Zemni, François Ireton
Type d’action scientifique : Colloques

Programme :

Organisateurs/Organizers :

Habib Ayeb, géographe, Université Paris 8 à Saint Denis

François Ireton, sociologue, CNRS

Sami Zemni, sciences politiques et sociales, Université de Gand/Gent

Comité scientifique/Scientific Committee :

Agnès Deboulet, sociologue, Paris 8.

Alphonse Yapi-Diahou, géographe, Paris 8

Didier Le Saout, sociologue, Paris 8

François Ireton, sociologue, CNRS

Habib Ayeb, géographe, Paris 8

Hugo Pilkington, géographe, Paris 8

Ray Bush, économie politique, Leeds University.

Sami Zemni, sciences politiques et sociales, Université de Gand/Gent

Yasmine Berriane, sociologue du politique, Université de Zurich

English Below

Le colloque « Marges, marginalité, marginalisation et contestation en Afrique du Nord et Moyen Orient (ANMO) » dont on propose ici les grandes lignes s’interrogera sur les marges et les formes de marginalités, spatiales, économiques, sociales, culturelles et politiques existant en ANMO, ainsi que sur les divers processus de marginalisation qui les produisent. Un certain nombre de chercheurs analysant les réalités des pays concernés ont, en effet, considéré les processus « révolutionnaires » et les mouvements sociaux qui les ont marqués durant les dernières années, comme étant, pour certains, partis des marges sociales et spatiales, et comme ayant largement trouvé leurs racines et leurs déclencheurs dans des situations relevant de diverses formes de marginalité et dans des processus de marginalisation croissante liés aux évolutions globales de ces pays (Ayeb H, 2011 ; Achcar G, 20013 ; Lamloum O, & Ali Ben Zina M, 20015 ; Abdelrahman M, 20015) .Au cours du colloque on mènera en parallèle une réflexion sur la pertinence de ces notions polysémiques, couramment employées dans le langage commun comme dans celui des sciences sociales.

La situation de marginalité d’un espace ou d’une catégorie sociale peut, d’une part, renvoyer à leur situation objective, stable sur la moyenne durée, de non intégration à une structure et/ou à une dynamique concernant les autres entités spatiales ou catégories sociales de la société globale. Elle peut également renvoyer à un refus d’intégration à cette dernière de la part des « marginaux » eux-mêmes (Colonna F, 1993). Dans ces deux cas, il n’y a pas d’articulation, pas d’intégration, de ces espaces ou catégories sociales aux structures et dynamiques de la société globale.

La situation de marginalité d’un espace ou d’une catégorie sociale peut aussi, d’autre part, constituer l’aboutissement, le produit historique – planifié, volontaire ou simplement « objectif » – de processus complexes de domination impliquant leur dépossession (Harvey D, 2003) et/ou leur exclusion, accompagnées ou non de stigmatisation et « d’abjection » (au sens anglais de « rejet misérabilisant » ; Bush R, 2012). Dans ce cas, il y avait articulation et intégration initiales de ces espaces ou catégories sociales dominés aux structures et dynamiques de la société globale, et leur marginalité finale est alors le résultat d’un processus de marginalisation lié à leur dépossession ou leur exclusion et menant à une désintégration ou une désarticulation d’avec le système dont ils faisaient initialement partie (Bush & Ayeb, 2012).

La notion de « marginalité » d’un espace ou d’une catégorie sociale ne semble ainsi avoir de pertinence que si elle s’oppose à celle d’intégration réelle, par le biais de rapports de différentes natures (y compris certaines formes de domination comme l’exploitation), à un tout territorial ou sociétal et aux autres espaces et catégories sociales qui le composent. Une marge, spatiale ou sociale, définie selon un ou plusieurs aspects (économique, social, « ethnique », culturel, politique…) fait certes formellement partie d’un tout territorial ou sociétal (national, par exemple), car elle est comprise dans les limites formelles de ce dernier, mais elle n’est que juxtaposée aux autres espaces ou catégories sociales qui le composent, et n’est pas intégrée réellement ou structurellement à ce tout (un peu comme la marge blanche d’une page fait partie de cette dernière mais n’est pas articulée au texte qui, lui, contient des éléments internes articulés entre eux).

Si l’on admet cette définition de la marginalité, plusieurs remarques s’imposent, qui sont énoncées ici sur le mode affirmatif, mais qui le seront sur le mode interrogatif dans le cours du colloque :

1- Toutes les formes d’effets de la domination n’entraînent pas nécessairement la marginalisation au sens défini ci-dessus : contrairement à la dépossession ou à l’exclusion, processus qui sont marginalisants (et en général appauvrissants), l’exploitation économique suppose le maintient durable d’une intégration aux rapports de production (esclavagistes, tributaires ou capitalistes) au sein desquels s’opère cette exploitation (qui peut être ou non appauvrissante). Autre exemple : la dépossession de leurs terres favorise l’intégration d’une partie des paysans dépossédés aux rapports salariaux capitalistes ; mais une autre partie, ceux qui ne se seront pas « reconvertis » en salariés, seront quant à eux réellement marginalisés, alors qu’en tant que paysans dotés de terres et vendant leurs surplus agricoles, ils étaient auparavant intégrés, par le biais du marché, à l’économie locale, voire régionale.

2- Toute situation de marginalité est réversible : l’armée de réserve des chômeurs de l’industrie est en état de marginalité, mais remobilisable au sein de la force de travail – et donc réintégrable – à la faveur d’une reprise économique (ceci montre aussi que, paradoxalement, la marginalité peut être « fonctionnelle », au sein de la société globale).

3- L’état de marginalité ne signifie pas nécessairement l’absence de ressources, matérielles et symboliques, d’opportunités, d’agentivité et de capabilités ; il conviendra donc d’être attentif à toutes les stratégies déployées par les « marginaux », soit pour résister aux conditions de leur vie marginale et les aménager afin de les rendre à leurs yeux vivables, soit même pour en « jouer » et développer des modes de subsistance et de vie alternatifs, qui peuvent contrevenir aux normes de la société globale (Bayat A, 2012 & Gurung and Kollmair, 2005).

4- Des degrés peuvent exister dans la marginalisation : on parle par exemple de « sous-intégration » pour qualifier les quartiers urbains dits généralement « informels », espaces marginaux sur le plan urbanistique qui sont par ailleurs très loin de n’être habités que par des acteurs sociaux « marginaux » ; de même, à une autre échelle, on a pu parler de « périphérie de la périphérie » (dans les termes de Wallerstein) pour désigner les espaces ce que l’on a nommé ici « marges », alors que la « périphérie » est étroitement articulée au « centre ».

5- Enfin, les situations de marginalité et les processus de marginalisation, appréhendés ici sous un mode objectiviste, sont aussi, bien évidemment, des « constructions sociales interactives » impliquant des représentations performatives qui, par le biais de dispositifs sociaux divers, concourent à produire la réalité sociale qu’elles sont censées « constater ».

Le jeu sur ces différentes notions et distinctions et sur leurs relations complexes permettra de caractériser et analyser le plus finement possible les situations et processus abordés par les participant.e.s. Les contributions seront toutes basées sur des recherches de terrain effectuées dans des pays du Maghreb et/ou du Moyen Orient et centrées sur des thèmes relevant de la thématique centrale du colloque. A partir d’études de cas appréhendées à des échelles spatiales et sociales variées, diverses formes de marges, de marginalités et de marginalisation seront donc explorées et seront mises en relation avec les structures et dynamiques politiques, économiques, sociales et culturelles globales ayant caractérisé ces pays durant les dernières décennies.

Biblio :

Abdelrahman Maha (20015) Egypt’s Long Revoltion ; Protest Movements and Uprisings. London & New York. Routledge.
Achcar Gilbert (2013) Le Peuple Veut ; Une Exploration Radicale du Soulèvement Arabe. Actes Sud.
Ayeb and Bush (2012) Marginality and Exclusion In Egypt ; Zed Book.
Ayeb Habib, (2011), “Social and political geography of the Tunisian revolution : the alfa grass revolution” In Review of African Political Economy (ROAPE).
Bayat Asef (2012). « Marginality : Curse or cure ? » In Ayeb and Bush (ed) Marginality and Exclusion In Egypt ; Zed Book.
Bush Ray (2012) « Marginality or Abjection ? The Political Economy of Poverty Production in Egypt » in Ayeb and Bush (2012) Marginality and Exclusion In Egypt ; Zed Book.
Colonna Fanny (1993), Être marginal au Maghreb, Paris, CNRS Éditions
Gurung, Ghana and Michael Kollmair. (2005). « Marginality : Concepts and their Limitations ». IP6 Working Paper4. Development Study Group. Department of Geography. University of Zurich
Harvey David. (2003). The New Imperialism. Oxford : Oxford University Press.
Lamloum Olfa & Ali Ben Zina Mohamed (2015) Les Jeunes de Douar Hicher et d’Ettathamen ; Une Enquête Sociologique. Tunis.

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